Comme cela a été maintes fois confessé par d’anciens hauts responsables et dirigeants américains, le royaume d’Arabie saoudite et sa diplomatie ont la cause palestinienne chevillée au corps. Chose attestée et confirmée par les différents responsables et dirigeants palestiniens reconnus, témoignant du soutien saoudien indéfectible et constant à la cause palestinienne, depuis le roi Abdelaziz Al Saoud dans les années 1930 jusqu’à nos jours.
C’est à ce titre que Son Altesse Royale le prince Bander ben Sultan Al Saoud, ancien ambassadeur à Washington et ancien chef des services de renseignements, a contribué pendant de longues années aux négociations visant à défendre les droits des Palestiniens auprès des différents gouvernements américains, dans le but que ces derniers influent sur les décisions et actions israéliennes, mais aussi de convaincre les Américains de reconnaître l’État de Palestine.
Par conséquent, le prince Bander ben Sultan a été pendant de longues années l’un des témoins et acteurs directs des coulisses des négociations pour la cause palestinienne, tant aux États-Unis que dans le monde arabo-musulman.
Ses témoignages les plus récents à ce sujet ont été publiés en octobre 2020 par la chaîne Al Arabiya – dont les vidéos sont disponibles sur leur compte YouTube –, mais également en février 2019 sur le site d’actualité Independent Arabia, auquel il a confié, lors d’une très longue interview, sa participation à une ancienne initiative américaine pour la reconnaissance de l’État de Palestine.
Pour une brève remise en contexte, l’ancien président américain Bill Clinton – et son équipe – avait élaboré, sur la fin de son mandat, un traité de paix visant à mettre fin au « conflit israélo-palestinien ». Ce traité reposait sur plusieurs conditions, connues également sous le nom de « Clinton Parameters ».
Ces « paramètres de paix de Bill Clinton » sont évoqués par le prince Bander ben Sultan dans la troisième partie de l’entretien accordé au site d’actualité Independent Arabia, et publiée le 12 février 2019. Le célèbre journaliste saoudien ʿAdwan Al-Ahmari, qui l’a interviewé, rapporte ce qui suit :
« Selon le prince, le traité comprenait l’établissement d’un État palestinien indépendant reconnu par l’ONU et par tous les pays, y compris les États-Unis et Israël, sur les frontières de 1967, avec une compensation territoriale de 3 % provenant de l’intérieur de la Ligne verte, ainsi que l’ensemble des arrangements sécuritaires et hydriques demandés par les Palestiniens.
Il prévoyait le retour de tout réfugié vers l’État palestinien indépendant, ainsi que le retour de réfugiés vers l’intérieur d’Israël sous l’appellation de “réunification familiale”, à raison de 50 000 réfugiés par an pendant 20 ans.
Il incluait également la création d’un fonds de soutien au retour des réfugiés, pour lequel le président Clinton s’était engagé à apporter immédiatement 20 milliards de dollars afin de les aider à revenir ou à être indemnisés, en précisant qu’il chercherait à obtenir un montant équivalent auprès des pays européens, du Japon et d’autres pays.
Concernant Jérusalem, Jérusalem-Est devait être la capitale de l’État palestinien indépendant, et les quartiers considérés comme faisant partie de Jérusalem-Est avaient été définis. Le texte comprenait également d’autres dispositions. »
Sachant alors que Bill Clinton allait léguer à son successeur cette proposition de traité de paix offrant aux Palestiniens des acquis significatifs, le prince Bander ben Sultan a évoqué, dans cette troisième partie de l’entretien, avoir sondé la position de George W. Bush en novembre 2000 sur la question palestinienne et ce traité, alors qu’il venait de remporter les élections présidentielles aux États-Unis mais n’avait pas encore pris ses fonctions.
Le prince Bander ben Sultan rapporta alors que George W. Bush lui avait dit : « Si les Palestiniens signent cet accord et que le président américain – Bill Clinton – le signe également, je l’approuverai. Et si je deviens président alors que l’accord n’a pas encore été signé, je reprendrai depuis le début. »
C’est alors que le prince Bander ben Sultan collabora avec les hauts responsables américains impliqués dans ce dossier, afin de mener à bien cette proposition de traité de paix héritée de la présidence Clinton.
Ainsi, certains médias américains, comme le Washington Post, ont rapporté cette activation en coulisse de l’équipe du président George W. Bush, dans le but de parvenir à la reconnaissance de l’État de Palestine — et ce, bien que, depuis quelques mois, le nouveau Premier ministre israélien fût Ariel Sharon, représentant de la droite israélienne, qui succédait à Ehud Barak, figure du centre-gauche, dont le gouvernement avait collaboré avec celui de Bill Clinton à l’élaboration de ce traité de paix.
C’est alors que, dans la quatrième partie de l’entretien accordé au site d’actualité Independent Arabia, et publiée le 19 février 2019, le prince Bander ben Sultan révéla ce qui suit :
« Le 11 septembre 2001, le président George W. Bush devait prononcer un discours devant l’ONU dans lequel il annoncerait la solution à deux États entre la Palestine et Israël et reconnaîtrait les deux États.
Nous avions travaillé sur le texte de ce discours pendant près de dix jours avec le secrétaire d’État américain Colin Powell, la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice et le directeur de la CIA George Tenet.
Cela faisait partie des résultats de la réunion tenue au ranch dont j’ai parlé précédemment, ainsi que des efforts complémentaires qui avaient été déployés.
Lorsque nous avons achevé le texte que Bush devait annoncer, après plusieurs jours de travail intense et difficile, il ne restait plus qu’à obtenir l’approbation de la version finale du projet de discours que le président devait prononcer les 12 ou 13 septembre.
Dans la nuit du 8 septembre, George Tenet m’a appelé pour me dire qu’il avait reçu un message de Colin Powell et qu’il espérait que nous reporterions au 10 septembre la réunion finale au cours de laquelle nous devions nous mettre d’accord sur le discours, Powell devant effectuer une visite dans plusieurs pays d’Amérique du Sud.
Et je le répète encore, si l’on devait désigner l’ennemi le plus hostile aux Arabes et aux musulmans, on ne trouverait personne ayant causé autant de tort à la communauté musulmane qu’Al-Qaïda lors – des attentats – du 11 septembre, en faisant échouer tout ce qui avait été préparé au service de la cause palestinienne. »
Pour ce qui est de la suite, nous la connaissons tous. Les États-Unis ont tournĂ© le dos Ă ce traitĂ© afin de « se focaliser sur leurs nouveaux objectifs » au Moyen-Orient. Tandis que l’Arabie saoudite a dĂ» faire face Ă une campagne de lynchage particulièrement fĂ©roce, bien que, plusieurs annĂ©es avant les attentats du 11 septembre 2001, les Saoudiens n’aient cessĂ© d’alerter sur l’extrĂŞme dangerositĂ© d’Oussama Ben Laden, lui qui n’Ă©tait plus saoudien depuis le 3 avril 1994.




