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Tentative de corruption sur le roi Abd Al-Aziz pour coloniser la Palestine dénoncée par un ancien ministre britannique

Le plan pour la Palestine ?

Londres, le 23 septembre 2004

Les discussions secrètes qu’il y eut durant la guerre entre Winston Churchill1 et le futur président israélien Chaim Weizmann2 au sujet de la Palestine, donnèrent lieu, selon des documents officiels venant tout juste d’être rendus publics aux Archives nationales de Kew à Londres, à un échange glacial avec Anthony Eden, alors ministre britannique des Affaires étrangères.

Un dossier top secret datant de 1943 du ministère des Colonies montre que Churchill avait privilégié un plan afin d’essayer de corrompre le roi Abd Al-Aziz Ibn Saoud avec 20 millions de livres sterling, ainsi que d’en faire le chef d’une fédération arabe nouvelle, en échange de l’aide du roi saoudien pour livrer la Palestine aux Juifs. Eden remarqua alors qu’une telle initiative irait à l’encontre de la politique britannique officielle.

L’idée a été soumise à Mr Churchill par le Dr Weizmann qui était en ce temps le chef de l’Agence juive, organisme qui représentait la communauté juive de Palestine, quand celle-ci était mandatée durant la période de la Société des Nations.

Churchill était un sympathisant de la cause juive, et il a longtemps soutenu la déclaration de Balfour datant de 1917 qui proposait l’établissement d’un foyer national pour les Juifs. Mais le conciliant et diplomate Eden était furieux lorsqu’il entendit à Washington que le Dr Weizmann, parlant à un des conseillers en politique étrangère du président Roosevelt du nom de Sumner Welles, se référer à ce projet en tant que « plan du Premier ministre ».

Mr Eden écrivit à Mr Churchill sur un ton froid : « Je ne sais pas à quel point le Dr Weizmann a le droit de parler en votre nom, mais je suis un peu inquiet quant au danger de la confusion qu’il apparaît à Washington. Notre politique actuelle sur la Palestine a été acceptée par le parlement. Je connais bien votre sentiment personnel sur cela, mais il n’y a eu aucune discussion indiquant que le gouvernement américain devait être approché à propos de la possibilité de modifier cela. Je dois également exprimer mon point de vue qui est que Ibn Saoud ne voudra pas recevoir le Dr Weizmann afin de discuter du futur de la Palestine, pas plus qu’il n’acceptera de proposer au monde arabe un plan ressemblant un tant soit peu à ce que souhaitent actuellement les sionistes ». Eden souligna que les Livres blancs sur la Palestine rédigés en 1939 à Londres, étaient clairement contre l’établissement d’un état juif en Palestine.

Dans sa réponse un ou deux jours plus tard, Churchill écrivit : « Le Dr Weizmann n’a aucune autorité à parler en mon nom. Et en même temps, je lui avais exprimé ces points de vues quand nous nous étions rencontrés quelques temps auparavant, et vous les aviez souvent entendu de moi-même ». Churchill reconnaissait toutefois que même si le roi, âgé alors de 67 ans, se laissait convaincre, que celui-ci ne risquait pas de vivre assez longtemps pour réaliser ce plan. « La grande difficulté c’est l’âge de Ibn Saoud » écrivit-il. Et dans le but peut-être de calmer la colère de son ministre des Affaires étrangères, Mr Churchill ajouta : « Je considère tout débat ayant lieu à l’heure actuelle sur ces questions comme étant précoce, et susceptible d’engendrer la discorde ».

Lien de la publication n°125 parue en hiver 2004 – 2005 dans le journal du Centre et des associations dédiés à Churchill intitulé Finest Hour [voir page 8]

1 Ancien Premier ministre du Royaume-Uni du 10 mai 1940 au 26 juillet 1945.

2 Président de l’Organisation sioniste mondiale de 1935 à 1946, puis premier président de l’État sioniste d’Israël.


Message envoyé par Eden à Churchill mentionné dans le livre de Howard Grief intitulé The Legal Foundation and Borders of Israel Under International Law [Le statut légal de la fondation et des frontières d’Israël au regard du droit international].

« Eden, inquiet des déclarations faites par Weizmann, envoya un message délicat [le 3 mars 1943] au Premier ministre Churchill afin de lui exprimer ses craintes :

Le Dr Weizmann déclara à l’ambassadeur [comte d’Halifax1], que la discussion qu’il eut avec le ministère américain des Affaires étrangères débuta en indiquant clairement que chaque parole prononcée au gouvernement américain serait répétée au Gouvernement du Royaume-Uni. Et conformément à cet engagement, il apporta des enregistrements des rencontres qui eurent lieu le 19 janvier avec des représentants de la section du Moyen-Orient du ministère américain des Affaires étrangères, ainsi que celle du 26 janvier avec Sumner Welles2.

Et à partir de ces enregistrements que j’ai joint, vous verrez que le Dr Weizmann parle du « plan du Premier ministre » afin d’utiliser Ibn Saoud pour résoudre la question palestinienne avec une solution sioniste. Et qu’il a été dit aux fonctionnaires du ministère américain des Affaires étrangères ainsi qu’à Mr Welles d’être favorables au suivi de cette affaire. Le Dr Weizmann avait dit aussi à l’ambassadeur que vous n’aviez jamais caché votre avis, qui est que le Livre blanc n’était pas forcément le dernier mot au sujet de la question palestinienne, et que selon vous, votre propre opinion ainsi que celle du président allaient dans le même sens. D’après l’enregistrement, il n’est pas totalement clair si le Dr Weizmann avait dit cela en parlant au ministère des Affaires étrangères et à Sumner Welles, bien que ces derniers conseillèrent au Dr Weizmann de voir le président et de lui exposer le plan.

Je ne sais pas à quel point le Dr Weizmann a le droit de parler en votre nom, mais je suis un peu inquiet quant au danger de la confusion qu’il apparaît à Washington. Notre politique actuelle sur la Palestine [c’est-à-dire le Livre blanc approuvé en 1939] a été acceptée par le parlement. Je connais bien votre sentiment personnel sur cela, mais il me semble qu’il n’y a eu aucune discussion indiquant que le gouvernement américain devait être approché à propos de la possibilité de modifier cela. Je dois également exprimer mon point de vue qui est que Ibn Saoud ne voudra pas recevoir le Dr Weizmann afin de discuter du futur de la Palestine, pas plus qu’il n’acceptera de proposer au monde arabe un plan ressemblant un tant soit peu à ce que souhaitent actuellement les sionistes, et qui inclut de transformer la Palestine en un état juif. »

 

1 Ambassadeur britannique à Washington en cette période.

2 Ancien fonctionnaire du ministère américain des Affaires étrangères.

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