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[ L’histoire de Daech ] – « Cruauté, que savez-vous à propos de la cruauté … »

  Article écrit par le prince saoudien Turki Al-Faysal, ancien directeur des services de renseignements saoudiens et ancien ambassadeur aux États-Unis.  

 Lorsque la communauté internationale s’était dressée afin de punir l’organisation Al-Qaida du fait d’avoir commis les attentats du 11 septembre 2001, ainsi que l’Emirat islamique d’Afghanistan du fait d’avoir hébergé l’organisation terroriste, c’est alors que plusieurs membres d’Al-Qaida s’enfuirent en Iran qui les abrita et leurs fournit des visas dans des résidences sécurisées et cela sous le contrôle de leurs services secrets. Et parmi les fuyeurs il-y-avait des membres de la famille de Ousama ibn Laden qui y résident encore sous la protection du gouvernement iranien, en plus de Saif Al-Adel qui est un des grands chefs militaires de l’organisation terroriste, celui-là même qui avait planifié les attentats terroristes de Riyad en mai 2003. Tout comme Salih Al-Qar’aoui, le chef des dénommés « Brigades de Abdallah ‘Azzam », qui se déplaça après cela au Waziristan [région située au nord-ouest du Pakistan] et qui fut atteint par un drone puis remit par le Pakistan au royaume d’Arabie saoudite.

Quand arriva l’occupation américaine en Irak et la destruction des institutions étatiques irakiennes -parmi l’armée, la sécurité et les ministères- en 2003, le gouvernement iranien permit aux déchets de l’organisation d’Al-Qaida d’entrer en Irak dans lequel ils trouvèrent un environnement favorable pour mettre à exécution leurs plans. C’est alors qu’ils se sont renommés sous le nom de « Al-Qaida au Pays des Deux Fleuves », et furent rejoint par d’autres terroristes de pays voisins tel que Abou Mous’ab Al-Zarqaoui. Tout comme Mouhassin Al-Fadli, le chef des dénommées « Brigades du Khorassan », qui fait parti d’une famille chiite koweitienne réputée et qui est aussi accusé d’avoir été derrière l’attentat ayant visé Mouhammad Baqir Al-Hakim à Nadjaf. D’ailleurs le gouvernement iranien l’avait laissé aller en Syrie après le début de la révolution syrienne.

Bashar Al-Assad avait également permis à un groupe de personnes de quitter la Syrie pour rejoindre l’Irak et ce en franchissant la frontière séparant les deux pays, et parmi ces gens il-y-avait Abou Mouhammad Al-Joulani, le chef du « Front Al-Nosrah », ainsi que Abou Mouhammad Al-‘Adnani le porte-parole de ce qui fut appelé « L’État Islamique en Irak et au Sham » [ndt : comprendre par Sham la Syrie]. Mais l’étonnante incohérence dans la constitution de cette organisation terroriste c’est que Nouri Al-Maliki, l’ancien premier ministre irakien déchu, avait fait en sorte lors de son premier mandat de présenter une plainte au conseil de sécurité de l’ONU contre la Syrie, accusant Bashar Al-Assad d’appuyer les terroristes et de les autoriser à passer en Irak. Puis il fit marche arrière en laissant le champs libre à la formation de l’organisation d’Al-Qaida en Irak qui fit face à une résistance assez violente des forces d’occupation américaines et des tribus sunnites irakiennes, et qui eut donc pour résultat la défaite de l’organisation terroriste et la mort de plusieurs de ses chefs parmi lesquels Abou Mous’ab Al-Zarqaoui.

C’est alors que les forces américaines jetèrent en prison les chefs d’Al-Qaida -parmi lesquels Al-Baghdadi- qui s’accordèrent à appeler l’organisation « L’État Islamique en Irak ». Et lorsque les américains quittèrent l’Irak et que le gouvernement irakien présidé par Al-Maliki hérita de la gestion des prisons, Al-Baghdadi et ses acolytes furent libérés ! Et c’est encore là une étonnante incohérence quant à la constitution de cette organisation terroriste qui repart avec une peau neuve dans l’exécution de ses plans. Ainsi elle va s’aider et profiter de certains membres de l’armée de Saddam Hussein qui étaient emprisonnés avec eux. Les crimes commis par le gouvernement sectaire de Al-Maliki ayant engendrés la marginalisation de la composante sunnite du peuple irakien, en plus des milices armées chiites qui avaient carte blanche dans la persécution des citoyens sunnites, tout cela donna lieu au grand soulèvement populaire dans les provinces sunnites qui avaient demandé la démission de Al-Maliki et la légalisation de leur statut civil. Ce dernier tint tête face à ce soulèvement en y répondant par des mesures tyranniques qui menèrent au meurtre et au déplacement de milliers de sunnites et particulièrement dans la province d’Al-Anbar qui est la principale zone d’accès entre l’Irak et la Syrie.

Ainsi les abus de Al-Maliki n’ayant trouvés sur leurs chemins aucune dissuasion de la communauté internationale quant à ses crimes, les habitants d’Al-Anbar ont alors eu de la sympathie envers l’organisation de « L’État Islamique en Irak » dans lequel ils avaient trouvés un certain refuge. Cette étonnante incohérence vient donc s’ajouter aux autres étonnantes incohérences précédentes ; que les tribus sunnites confient leur sécurité à l’organisation de « L’État Islamique en Irak » malgré qu’elles savent que cette organisation est l’héritière de la précédente organisation d’Al-Qaida qu’ils -les sunnites- avaient vaincus dans un passé proche. C’est alors que l’organisation terroriste a commencé à placer des cellules dormantes dans les villes des provinces sunnites et particulièrement à Mossoul. A dessein de cela, elle s’est aidée des anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein, ainsi que des membres de la voie soufie naqshabandie à laquelle appartient ‘Izzat Ibrahim Al-Douri l’ancien vice-président de Saddam Hussein qui est toujours réfugié au sein des tribus soufies naqshabandies.

Lorsque le soulèvement syrien non-violent se déclencha contre Bashar Al-Assad lequel y qui répondait par des exactions, et quand il s’aperçut que ni sa milice « Chabiha » et ni ses généraux des forces armées syriennes n’avaient la capacité de réprimer le peuple syrien, alors Bashar prit l’indigne décision de tourner la révolte populaire syrienne en un conflit terroriste communautaire. Il fit donc libérer pour cela les détenus accusés de terrorisme et le plus connu d’entre eux Abou Khalid Al-Souri, un des chefs d’Al-Qaida qui a joué un rôle dans la fondation des « Brigades des Hommes Libres du Sham ». Bashar Al-Assad avait également fait appel aux terroristes étant hors de son pays et avec qui il était en relation, et il avait laissé revenir en Syrie les personnes qu’il avait par le passé laissé partir en Irak. Parmi ces gens il-y-a les membres fondateurs des organisations de « L’État Islamique en Irak » et du « Front Al-Nosra », et d’autres groupes aussi. Ajouté à cela son appel aux Gardiens de la révolution iranienne, aux milices du Hezbollah libanais et aux milices chiites irakiennes, afin donc de l’appuyer dans le meurtre de son peuple. Et ainsi Bashar continua à laisser exprimer toute sa tyrannie envers le peuple syrien …

Lorsque l’Occident négligea de soutenir l’Armée syrienne libre, cette dernière perdit en puissance face aux terroristes qui se renforcèrent et qui imposèrent leur autorité sanguinaire à certaines villes et villages de Syrie. De par ce fait Bashar Al-Assad mit sur pied des barils de poudre qu’il faisait larguer sur les citoyens syriens, mais bien plus encore en les bombardant avec des bombes chimiques. C’est alors que le peuple syrien et son Armée libre se retrouvèrent à se défendre sur deux fronts, d’un côté celui de Bashar Al-Assad et de l’autre celui des terroristes. Pendant ce temps l’organisation de « L’État Islamique en Irak » changea son nom en « L’État Islamique en Irak et au Sham ». Et dès lors que les gouvernements syriens et irakiens perdirent le contrôle de leur frontière commune, l’organisation terroriste entreprit de conquérir Mossoul en s’aidant pour cela des cellules dormantes qu’elle avait au préalable installée dans cette ville irakienne, mais aussi des officiers démobilisés de l’armée irakienne, des groupes affiliés aux tribus sunnites et des appuis de la voie soufie naqshabandie. C’est alors qu’une scène humiliante se produisit pour le gouvernement et l’autorité de Nouri Al-Maliki en voyant que les 3000 personnes composants cette étrange formation avaient vaincu plus de 40 000 soldats de l’armée de Al-Maliki. Ce après quoi Al-Baghdadi fit l’annonce de son califat pour les musulmans et la fondation de « L’État Islamique » plus connu sous le nom de « Daech ».

Ainsi apparut une différence flagrante entre le nom que cette organisation s’était donnée et le véritable nom qu’elle devait recevoir au vu des méthodes qu’elle utilise. C’est pour cela que le nom de « Daech » se changea finalement en un autre nom de la même ressemblance phonétique qui est « Faech » [ndt : فاحِش signifie en arabe cruel, abominable, indécent, malhonnête, impur, méprisable], et dont l’origine de ce nom est le mot al-Fouhch [الفُحْشُ : l’atrocité] qui signifie tout ce qui est laid et horrible comme paroles et actes. Par conséquent qu’y a-t-il de plus horrible que de tuer des innocents, d’emprisonner des femmes chastes, d’excommunier les musulmans, d’expulser les gens de confiance, d’exposer les gorges tranchées, de rendre licite le sang de celui qui dit « Il n’y a aucun dieu ayant le droit d’être adoré si ce n’est Allah et Mouhammad est le Messager d’Allah », de piller des banques, d’hypothéquer les personnes kidnappées, et de racketter ceux qui sont sous leur autorité ?

Le fait que cette organisation terroriste ait prit le nom d’ « État Islamique » n’a rien à voir avec la réalité et c’est de l’ignorance totale des règles internationales. Et ceci car la définition d’un état c’est : une centralisation politique fondant une entité ayant la faculté souveraine de gérer une zone territoriale définie et dans laquelle le pouvoir exerce une autorité à travers un système d’institutions fixes. Ainsi les principaux corps constituants n’importe quel état sont : le gouvernement, le peuple et le territoire, en plus de l’autorité et de la reconnaissance que cet état ait acquis un caractère juridique internationale. Par conséquent ni l’Irak et ni le Sham se trouvent sous le contrôle de cette organisation terroriste, qui n’exerce pas non plus son autorité à travers des institutions fixes et qui n’a aucune reconnaissance à l’échelle internationale de son autorité. Et pour ce qui est de son affiliation à l’Islam et d’avoir donné une apparence islamique à son état, il est également nul et non avenu, et cela car les membres de cette organisation font partis en réalité de la secte des Khawaridj qui sont sortis de l’Islam, et ceci est attesté par leurs œuvres. « Quiconque tue une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes » [sourate La Table Servie – verset 32].

Publié le 12.01.2015 sur le site du journal Asharq Al-Awsat [arabe]

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